Dire « Bonjour à nouveau » aux paysages disparus

Par Élodie Bouquet

Élodie vous dit “Hello” ;-)
Voici un projet qui nous a beaucoup touché au sein de l’équipe de La Fabrique Narrative.
Après l’été éprouvant que nous avons vécu, notre collègue Élodie Bouquet nous propose les pratiques narratives pour nous aider à vivre la perte des milieux de vie que nous avons connus. Alors que nos forêts brûlent, que nos rivières sèchent, alors que nos glaciers fondent et que nos falaises tombent, où sont les temps et les lieux où nous pouvons honorer ces paysages qui ont été et sont encore précieux pour nos vies ?
Élodie Bouquet est Coach professionnelle et praticienne narrative formée au sein de La Fabrique narrative en 2025. Elle intervient dans le secteur public, associatif et dans les entreprises,
Olivier


Une invitation à explorer un chemin narratif pour accompagner le deuil climatique[1]

Et si nous allions dire « Bonjour à nouveau » … aux paysages que nous aimons, qui s’effacent, qui ont déjà disparu ou qui demeurent abimés ? Dire « Bonjour à nouveau » aux forêts brûlées, aux plages englouties, aux prairies disparues, aux sentiers effacés que nous portons dans nos cœurs ?

Et si nous allions dire « Bonjour à nouveau » … aux modes de vie bousculés, devenus répréhensibles ou impossibles à perpétuer, à ce qui pouvait nous relier à une tradition, un héritage, qui jusqu’ici faisait partie de nous, mais qui ne peut plus être, ou pas de la même manière ?

Et si nous allions dire « Bonjour à nouveau » aux représentations du futur que nous avions, enfant ou adulte ? A ces visions de l’avenir bouleversées par des évolutions climatiques, environnementales, politiques, des évolutions qui nous prennent de court par leur rapidité ?

Si nous allions à la rencontre de ces parties de nous-même qui sont gommées du monde en même temps que la réalité physique change ? Et si nous parlions avec les paysages, avec les modes de vie, avec le futur ? Que se passerait-il alors ?

Lors de cet été bien trop chaud, si éprouvant pour beaucoup d’entre nous, j’ai eu le sentiment de vivre un deuil, voire une succession de deuils.  Ces pertes, ces arrachements que je ressentais ne portaient pas de nom et n’avaient pas de rituels pour les représenter. Il n’y avait pas non plus de mots pour les nommer, ou si peu. Il n’y avait pas de lieu, pas de rituel pour les reconnaître et pour honorer ce que je ressentais comme important et perdu. Je me suis dit que je n’étais certainement pas seule à éprouver ces émotions. Les mots de Michael White sont revenus me trotter dans la tête : « Dire bonjour à nouveau ». Hullo again !

Michael White a réinventé l’approche du deuil en proposant de dire « Bonjour à nouveau » aux personnes qui nous ont quittées. Il a accompagné des personnes traversant des deuils étiquetés comme « pathologiques », en leur demandant non de les oublier, mais d’honorer les liens qui nous relient à elles. En posant des questions sur ce qui comptait dans la relation, en demandant : « Qu’est-ce que cette personne, qui n’est plus là, connaît de vous, dirait de vous ? De ce qui est précieux pour vous ? », un espace peut s’ouvrir, qui permet de renouer avec une partie de soi-même, de son histoire, de ses valeurs, intentions et espoirs. La relation est toujours vivante.

De la même manière, je me demande si les paysages qui s’effacent, qui nous manquent, n’emportent pas avec eux une partie de nous, de notre identité. Face à une forêt brûlée, une côte érodée, des saisons qui ne seront plus jamais les mêmes, il peut être difficile de trouver une consolation. Une actualité chasse l’autre. Une crise succède à la précédente. Nous n’avons nulle part où dire ce chagrin, nul lieu de recueillement. Comme il y a des rêves écrasés, il y a des douleurs étouffées.

Il me semble que le simple fait de considérer comme un deuil la perte ou le changement brutal des paysages, des modes de vie, du rapport au temps et aux saisons, c’est déjà important. Se dire : il y a là un rituel, qui n’est pas effectué, il y a là un chagrin, qui n’est pas consolé. Il y a une solitude, car nous vivons ces phénomènes dans un monde numérique, un monde fragmenté, et que souvent nous ne trouvons pas les mots et les gestes qui nous relient. Le rêve, celui qui se trouve écrasé, ce serait d’être pleinement en relation avec le vivant, pleinement avec les autres.

Je me demande si la pratique narrative, en créant des liens, des liens entre les personnes, entre les récits, entre ce qu’ils reflètent de ce qui est précieux pour les uns ou les autres n’auraient pas un rôle à jouer, un chemin à dessiner pour nous relier, nous permettre de parler des bribes de langage commun. Ce serait précieux. Trouver des chemins pour se parler, là où souvent les récits dominants divisent, isolent, empêchent le lien. Je fais le pari que nous portons tous des paysages en nos cœurs, réels ou imaginaires, proches ou lointains. Il serait alors possible d’offrir des espaces de parole, à partir d’histoires singulières, à partir de ces micro-histoires qui échappent aux récits dominants.

Je fais également le pari que le fait de partager, d’honorer, de relier les récits, ne peut que rendre du pouvoir d’agir, un pouvoir d’agir qui pourrait alors se mettre au service du vivant.

Parce que nous avons tous des paysages dans nos cœurs, et des histoires à partager.

Nous sommes en octobre 2026. A la suite de cet été qui se termine à peine, bien trop chaud, bien trop éprouvant pour beaucoup d’entre nous, je vous propose de réfléchir ensemble aux chemins que la pratique narrative pourrait emprunter, pour dire bonjour aux paysages disparus et écouter le vivant. Je vous invite à me rejoindre pour en parler ensemble et voir ce que nous pourrons faire. L’approche narrative, du côté du vivant et de la dignité, pourrait apporter une contribution singulière, sensible, poétique, aux profonds bouleversements qui adviennent.

J’ai le sentiment que nous traversons l’époque d’une immense migration identitaire. Or la migration identitaire, ce ne serait pas au cœur du tissage des praticiens narratifs ?


Rejoignez-moi pour en parler ensemble, lors d’un webinaire.

Deux dates sont proposées, au choix, avec une inscription gratuite sur Billetweb (lien ci-dessous) :

o   Vendredi 20 novembre à 12H30

o   Jeudi 26 novembre à 12H30

Et sinon, je serais ravie de correspondre avec vous : elodie.bouquet@meteore-coaching.com

Élodie Bouquet


 
[1] Qu’il est difficile de trouver les bons mots sur des sujets que nous ne pensons pas encore pleinement… La notion de « deuil climatique » est évoquée de plus en plus régulièrement par des climatologues français ou personnes engagées pour le climat. Elle illustre le constat du caractère irréversible des changements à l’œuvre et la nécessité d’une prise de conscience. Dans le monde anglo-saxon, le terme « ecological grief » a été formalisé dans une publication scientifique de 2018 de A.Cunsolo et N.R.Ellis. C’est une réponse légitime, non pathologique, à la dégradation du monde. Le concept de « solastalgie «  a été inventé au début des années 2000 par le philosophe de l’environnement australien Glenn Albrecht, pour refléter la détresse des personnes voyant sous leurs yeux leur paysage se défaire. Il s’agit ainsi « du mal du pays que vous ressentez alors que vous êtes encore chez vous », une nostalgie tournée vers le futur.

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Miranda, le voyage d’un esprit combatif vers la compassion envers soi-même, partie 2