Nous avons reçu cette lettre…
Chère communauté narrative,
Je vous écris par une journée venteuse et enneigée à Québec, où je vis actuellement avec mon partenaire, nos trois enfants et nos cochons d'Inde qui ont élu domicile dans la cuisine pour l'hiver.
Après plus d'une décennie passée à exercer le métier d'assistante sociale et de thérapeute narrative en Australie et en Mongolie auprès de personnes victimes de violences domestiques et étatiques, j'ai eu la possibilité de franchir les murs de la consultation individuelle pour entrer dans le monde influent du cinéma et des arts engagés, en tant que protagoniste d'un film hybride.
C'est grâce à ce projet cinématographique que j'ai réalisé à quel point la membrane entre les mondes est fine. J'ai découvert que la thérapie et le cinéma sont « les deux faces d'une même peau », tous deux profondément intéressés par la politique, l'éthique, la co-construction d'histoires et les actes collectifs de création d'images et de communautés.
Cette pollinisation croisée est désormais le fondement de mon travail quotidien avec des artistes, des collectifs et des chercheurs issus de différents contextes culturels, tous impliqués dans des projets qui cherchent à provoquer des changements radicaux contre les structures sociales oppressives. Je crois fermement que la pollinisation croisée entre la thérapie narrative et les médias les plus influents de notre époque peut remettre en question de manière significative les fondements du racisme, du colonialisme et du patriarcat, tout en nous nourrissant, en tant que praticien·nes, dans nos relations locales quotidiennes et nos recherches communes.
Ma pratique, qui s'oriente vers des visions du monde décoloniales et féministes, explore une question cruciale : comment co-inventer des mondes lorsque le terrain sur lequel nous nous réunissons est rocailleux, jalonné de systèmes dominants ? Comment pouvons-nous prendre soin du terrain pour qu’il soutienne notre pratique ?
Récemment, j'ai discuté avec un cinéaste qui travaillait sur un projet consacré à la participation de sa propre famille au racisme, au colonialisme et aux privilèges. L'intention était claire, mais le projet se heurtait sans cesse à des problèmes, notamment relationnels, liés aux transactions et aux questions de travail entre l'équipe et le cinéaste. Au cours de notre conversation, nous avons clarifié que ces questions relationnelles et professionnelles constituaient le véritable travail de réparation. Trouver un moyen d'évoluer différemment dans ces accords et ces relations, c'est cela le travail de désapprentissage. Sans cela, le film n'a aucune chance d’exister !
Dans cette prochaine Masterclasse, «ENTRE TENSION ET JOIE : CO-INVENTER DES MONDES», nous explorerons « l'architecture du désapprentissage », en mettant en lumière les domaines où le travail de réparation le plus profond peut avoir lieu - non pas dans le produit final, mais dans l'engagement constant à démanteler les structures oppressives au sein de nos processus et de nos relations. Cela nous invite également à passer de la discussion sur la pratique à la mise en œuvre collective de cette pratique. C'est l'occasion de participer à un partage d'expérience unique, où nous explorerons ensemble le pouvoir créatif de la pratique narrative en tant que colonne vertébrale éthique et souple, qui permet de concilier la tension liée à la lutte contre l'injustice et la joie génératrice de la co-création d'avenirs alternatifs, justes et riches en histoires.
Soulignant la nature hybride de ce travail, mes écrits ont été publiés dans des revues thérapeutiques telles que l'International Journal of Narrative Therapy and Community Work, et de nombreues autres revues de thérapie et de cinéma.
Depuis 2014, j'enseigne et forme en Australie, à Singapour, en Malaisie, en Mongolie, en Ukraine, en Grèce, en Palestine, en Allemagne, en Belgique, en Turquie, au Canada, aux États-Unis, en Pologne, en Roumanie, au Chili et au Royaume-Uni, notamment avec le Dulwich Centre, Re-Authoring Teaching, l'université de Melbourne et l'Institute of Narrative Therapy. Mon travail sur le cinéma et la thérapie narrative a été présenté dans de nombreux lieux dont la KHM Academy of Media Arts et le Pritzker Pucker Studio Lab for the Promotion of Mental Health via Cinematic Arts.
Je suis ravie de rejoindre La Fabrique Narrative et la communauté francophone pour mettre en pratique ensemble notre curiosité socialement engagée pendant ces trois jours en septembre prochain.
Bien chaleureusement,
Poh

